La grande majorité des spécialistes de son oeuvre présentent Bodin
comme le penseur, dans les Six Livres de la République (1576), de la
forme de gouvernement monarchique la plus parfaite pour un État
moderne. Pour sa part, Ginevra Conti Odorisio s'attache plutôt à étudier
le parallèle entre famille et État au fondement de La République, afin de
mettre en évidence la construction idéologique de la théorie de Bodin.
En particulier, l'État moderne de Bodin se doit d'exclure les femmes
de la sphère politique et de les confiner à l'espace domestique, en raison
d'une soumission au mari ou au père dictée par un ordre naturel confirmé
de tout temps par les lois divines et humaines. D'où, par exemple, l'insertion
dans les lois fondamentales du royaume de la loi salique, pourtant
très contestée par plusieurs contemporains de Bodin et à une époque,
de surcroît, où Catherine de Médicis, Jeanne d'Albret ou Elizabeth
d'Angleterre exerçaient de fait le pouvoir.
De même, l'image du Bodin tolérant et rationnel, si bien accréditée
par l'historiographie, est peu conciliable avec le dogmatisme inquisitorial
dont il fait preuve à l'égard de la sorcellerie dans De la démonomanie des
sorciers. L'analyse de Ginevra Conti Odorisio montre combien cette
réputation est en contradiction avec la misogynie de l'auteur, comme avec
la propension à l'occultisme et le ton prophétique déployés dans le second
traité et déjà perceptibles dans La République.
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