Ce volume réunit les 31 contributions des Actes du
colloque du CUER MA (2004). Étudier la digression
dans la littérature médiévale constituait une sorte de
défi. Il ne s'agissait ni de condamner ces excursus ni d'en
faire l'éloge. Qui, de l'auteur ou du lecteur, est le plus
apte à borner l'espace digressif et à l'apprécier ? Dans les
précautions que les auteurs prennent à commenter ou à
justifier leur écart, se prononcent les fonctions
différentes, mais non exclusives l'une de l'autre, qu'il est
censé remplir. La digression se présente comme utile ;
qu'elle cherche à amuser, à séduire, à conseiller, à
renseigner, à engager à l'action, ou à faire participer le
lecteur à l'acte d'écriture, elle relève toujours d'une
stratégie. Du XIIe au XVe siècle, son emploi témoigne d'une
volonté sommative, avouée, voire revendiquée, dans les
encyclopédies, les traités didactiques, les récits de
voyages, les chroniques, plus masquée dans les oeuvres de
fiction, où son usage permet paradoxalement à nombre
d'auteurs de renforcer la cohésion d'une matière
narrative sujette aux égarements du plaisir de raconter.
Lecteurs en quête de sens, nous montrons comme nous
sommes portés à découvrir sous l'abondance des mots et
le déplacement des points de vue un ordre de la pensée.
Quant à l'usage médiéval de la digression, il témoigne
d'une littérature qui cherche à définir sa fonction dans
la société, son utilité, son pouvoir, qui laisse voir
comment elle s'enracine dans une tradition qu'elle ne
cesse de renouveler.
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