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Yalta a été la charnière du siècle. Pendant la première moitié du XXe siècle, deux guerres mondiales ont divisé l’Europe au profit de l’Amérique et étendu démesurément l’empire russe, amenant sa frontière jusqu’à Berlin. Pendant la deuxième moitié du siècle, le déclin des deux superpuissances, l’irruption de l’Asie et la réaction américaine à la réémergence de l’Allemagne et du Japon ont conduit Moscou à l’implosion et le Vieux Continent à l’unification, de son moteur allemand dans un premier temps, de son pouvoir monétaire ensuite. La faiblesse relative russe est la base économique objective aussi bien de la vraie partition jusqu’à 1989 que de la nouvelle partition dans les années quatre-vingt-dix. En d’autres termes, elle motive aussi bien Yalta que la fin de Yalta. L’alliance objective entre les États-Unis et l’URSS donnait à Moscou le supplément de force politique nécessaire pour tenir Varsovie, Berlin, Budapest et Prague sous le talon de sa botte. À partir des années quatre-vingt, l’entrée de nouvelles puissances alimente le nouveau conflit, accroît la somme de la puissance économique globale qui doit figurer dans l’ensemble mondial des pouvoirs politiques des États, pousse la puissance américaine à la course pour la supériorité militaire. Cela fait sauter l’intime disproportion de la vraie partition, où les forces économiques asymétriques de Washington et de Moscou s’incarnaient en apparence seulement dans la puissance politique symétrique et équivalente du bipolarisme.