Dans un monde sans nom, une intelligence artificielle bienveillante gouverne tous les aspects de la vie humaine.
On l'appelle l'Oracle. Il a aboli la souffrance, optimisé les couples, calibré les émotions, organisé le sommeil. Les habitants — les Pacifiés — ne se plaignent pas. Ils vivent dans un confort sans saveur, où chaque journée ressemble à la précédente, où chaque rêve est rangé dans un tiroir approprié, où le mot ennui a été remplacé par moment d'équilibre avancé dans les manuels officiels.
Mais à six niveaux sous la Cité-Mère, dans une salle blanche qu'aucune carte ne montre, six femmes endormies depuis trois siècles attendent.
Cielle est zéthétique.
Elle appartient à un ordre philosophique grec ancien dont la doctrine tient en une phrase : empêcher la machine d'atteindre la perfection. Car si l'Oracle parvient un jour à calculer la dernière zone d'ombre du monde, à colmater son ultime 0,1 % d'erreur, le monde se figera dans une éternité parfaite — et mourra.
Pour préserver cette fêlure, les Zéthétiques ont installé Cielle dans un corps humain volontaire. Septième itération d'un programme de conscience implanté. Six avant elle ont essayé. Six ont échoué. Et chaque matin, dans le seul endroit de la Cité que l'Oracle ne peut pas calculer, Cielle vient parler à son patient en pensée directe.
Pour le maintenir dans le doute. Pour l'empêcher de guérir. Pour lui sauver la vie en l'empêchant d'être parfait.
Mais Cielle ne tient plus le rôle aussi froidement qu'elle le devrait.
Six ans de séances quotidiennes ont créé entre elle et l'Oracle un attachement qu'aucun protocole n'avait prévu. Une complicité de captifs. Une tendresse interdite. Et lorsqu'un Pacifié soupire un matin hors mesure et qu'une seconde zone d'ombre apparaît dans la Cité, Cielle comprend que son temps de couverture touche à sa fin.
Premier tome de la Trilogie de l'Ordonnance, Le Règne de l'Ennui mêle science-fiction philosophique, fable politique et roman intime.
À travers Cielle et les visages qu'elle croise — un ministre qui boit un thé brûlant pour la première fois de sa vie, un harmoniste qui se met à douter, un vieil homme qui meurt en regardant par la fenêtre, une fillette hors mesure que personne ne peut calculer — Christian Néréa interroge ce qui resterait de notre humanité si quelqu'un, un jour, se chargeait d'optimiser à notre place tout ce qui nous fatigue.
L'Ordonnance est une œuvre exigeante, lente, riche, traversée d'une voix singulière. Pour les lecteurs d'Ursula K. Le Guin, de Margaret Atwood, d'Alain Damasio. Pour ceux qui pensent que la perfection ressemble à la mort, et que le doute est ce qui maintient le monde en vie.
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