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L'auteur aborde maintenant les années 1957-58 et 1959. Ce n'est pas un "journal" à proprement parler, mais un ensemble de remarques et de réflexions suscitées par un fait, une rencontre, une lecture, un souvenir. On y retrouve les personnages et les thèmes habituels : Élise, Céline, les parents morts, Chaminadour, l'amour de l'art, l'amour de Dieu. Élise tient peu de place dans ce volume. Quelques nouveaux exemples de cruauté et d'impudence, pourtant, sont livrés en pâture au lecteur. Le mari bafoué en souffre, mais reconnaît qu'Élise a dû beaucoup souffrir aussi quand il la délaissait pour ses amis. Céline, dont on connaît l'histoire en détail depuis L'école des filles, poursuit sa vie acrobatique d'esclave adorante, révoltée, traîtresse, et révèle des dispositions exceptionnelles pour inventer ou répéter tout ce qui peut nuire à son "père". Celui-ci, d'ailleurs, meurtri seulement en surface, poursuit en profondeur une vie invulnérable et des méditations que n'atteignent guère les éclaboussures domestiques. L'événement marquant de l'année 1959 est sa réconciliation avec Guéret-Chaminadour ; la mort du maire, son ennemi farouche depuis les chroniques malicieuses que l'on connaît, a enfin rendu possible une reprise de contact. On sent que l'auteur y rentre d'abord sur la pointe des pieds ; puis il s'épanouit en se sentant pardonné. Les souvenirs de ses parents et des personnages marquants de son enfance et de sa jeunesse reviennent l'entourer. Il s'excuse quelque part de "se répéter", demandant qu'on ne lui en veuille pas : "Je ne me relis pas. On ne relit pas ses conversations." Ce qui reste le plus exceptionnel et le plus attachant de ces "conversations", c'est cette attitude de pécheur confiant et d'homme qui pense constamment à la mort, en goûtant la vie avec ivresse.