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Jeanne d’Arc est l’une des personnalités les plus connues de l’histoire de France. C’est aussi un personnage controversé et instrumentalisé par des courants politiques ou religieux. On l’a considéré comme une bâtarde de la famille royale et on a affirmé qu’elle n’était pas vraiment morte sur le bûcher. Les historiens du XIXe siècle et du début XXe siècle ont souvent fait preuve d’esprit partisan, qu’ils soient d’obédience catholique ou anticléricale. Depuis le milieu du XXe siècle, plusieurs historiens universitaires se sont emparés du sujet, mais il leur a été difficile de faire entendre leur voix et de combattre efficacement les légendes tenaces qui courent toujours sur « la Pucelle ». Pour comprendre Jeanne et son extraordinaire aventure, il faut d’abord se replonger dans le contexte historique du XVe siècle, en plein cœur de la guerre de Cent Ans. La France est alors déchirée par une guerre civile opposant les Armagnacs et les Bourguignons. Ces derniers s’allient avec le roi d’Angleterre, Henri V, qui revendique le trône de France. L’autre camp est alors représenté par le dauphin Charles (devenu Charles VII en 1422). Jeanne intervient en 1429 pour le soutenir et le faire couronner à Reims, mais elle est prise par les Bourguignons et livrée aux Anglais. L’histoire de Jeanne est bien connue grâce à ses deux procès : le procès de condamnation (1431) et le procès en nullité (1456). Ce sont deux procès d’Église, et aussi des procès politiques. Pour tenter de cerner la réalité, il convient de les étudier séparément. Le premier procès est certes organisé et conduit par des partisans du régime anglo-bourguignon, mais il nous permet d’entendre les paroles mêmes de Jeanne. Le second est tenu à l’initiative du roi vainqueur, Charles VII. Les témoins survivants y sont interrogés, mais ils ne peuvent s’exprimer librement. Pour retrouver « la vraie Jeanne », l’historien doit donc soumettre ces deux procès à une critique exigeante. C’est l’objet même de cet ouvrage.