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Quand Le Voile noir est sorti, quelqu’un m’a cité une phrase de Sartre que je trouve délicieuse : « Il ne m’était jamais venu à l’esprit qu’on écrivait pour être lu. » Moi, certes, l’idée m’en était venue puisque j’avais réfléchi au fait de faire lire, ou non, ce que j’avais écrit mais cela représentait pour moi une sorte de monologue adressé à des lecteurs indistincts. Je n’avais pas pensé du tout, du tout, que des gens, des personnes me répondraient, me parleraient aussi directement, m’offrant sentiment de partage, paroles d’apaisement, mise en garde aussi parfois sur la difficulté du chemin à parcourir encore. Des mots du cœur, de la belle écriture sincère… Il me fut même offert la vérité sur ce qui s’était passé le matin de la mort de mes parents. Quand j’y pense, c’est vraiment extraordinaire et je ne connais pas d’auteur dont la vision d’un événement capital dans sa vie ait été radicalement transformée grâce à ses lecteurs ! J’ai pensé : « Je ne peux tout de même pas garder ça pour moi seule… »Et voilà comment l’envie m’est venue de « rendre » à mon tour ce que vous m’avez donné – comme le dit si bien cette phrase que l’un de vous m’a offerte et dont je me nourris beaucoup depuis : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu. » A.D.