Peu de signes par page, et parfois la page est vide. Je tresse
mes mots : des discontinuités et des brièvetés, je fais, ou j'essaie de
faire, entrelacs et liens. Ou de quelques poussières, agglomérat : «Je
ne suis que la poussière du Temps».
Dès l'entame est évoquée une sortie - vers l'Olympe ;
d'autres suivront, «les messes expiatoires», les dogmes («palabres
et foutaises»), les «Ipséités volubiles», etc., toutes récusées. Autant
de fausses sorties qui se réassignent un lieu, tandis que la divagation
ne fraie sa voie qu'en dénonçant l'illusoire de tous ces lieux.
Mais le «tresseur» n'est-il pas lui-même pris dans le «rêve
névrotique» ? Il n'advient comme sujet qu'en s'en dégageant, par le
frayage qu'est la divagation - il n'advient que du poème : «Je suis
l'enfant prodigue de l'air / Lié siamois à la vertébration du poème».
Divaguer n'est pas oublier ; une mémoire qui ne peut
s'apaiser ni dans la nostalgie, ni dans le rejet propulse la divagation.
Divaguer, c'est rester fidèle à ce rapport inapaisé. Inapaisable ?
En dépit du refus par le poète de l'extase olympienne, le
lecteur, du moins le lecteur européen, ne s'étonnera pas de rencontrer
sous sa plume Eros, Hercule ou Prométhée : le temps lui semble avoir
neutralisé tout rapport de croyance à ces demi-dieux ou héros du
panthéon grec. En ira-t-il de même lorsqu'il rencontrera Erzulie ou
Baron Samedi, loas du panthéon vaudou ? En faisant se côtoyer
Aphrodite et Erzulie, l'auteur haïtien ne revitalise-t-il pas la première
par la seconde, les entraînant l'une et l'autre dans un rapport inapaisé
avec nous, Haïtiens ou Européens ?
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