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Lorsque j’étais enfant, c’est avec le genre du boulevard que j’ai découvert le théâtre. Mes premiers souvenirs d’émerveillement sont liés au Théâtre de la Tête d’Or, à Lyon, cette institution privée qui accueillait tous les grands succès du boulevard parisien. Je me souviens des décors – salon bourgeois, portes qui claquent, arrière-cuisine, bow-window ou véranda, vue sur les toits de Paris, et surtout : l’escalier –, des trois coups, du rideau rouge, de l’hilarité du public, de l’énergie phénoménale dépensée par les comédiens pour entraîner les spectateurs dans ce qui n’est jamais, au fond, qu’un délire inconséquent. J’ai vu Pierre Arditi, Patrick Préjean, Marthe Villalonga, Claire Nadeau… J’étais fasciné par le réalisme de la scénographie, des accessoires – un monde miniature, un monde en vitrine –, par le tourbillon de situations improbables et de quiproquos. J’ai voulu devenir acteur pour faire rire et, je crois, maîtriser le rythme d’une existence où tout s’arrange toujours, dominer un corps alerte et débarrassé de la pesanteur des complexes, agencer moi-même les rouages d’une mécanique jubilatoire. Pour moi, le boulevard, c’était le théâtre. C’était cela, jouer. J’ai découvert d’autres esthétiques, d’autres écritures, d’autres mondes. Le théâtre s’est agrandi, son aura s’est décuplée à mesure que mon horizon s’est ouvert. J’ai même fini par mépriser ce qui m’avait constitué. J’ai condamné les intrigues frivoles et le surjeu des acteurs, réprouvé l’idéologie capitaliste et bourgeoise de ces créations dupliquées à l’infini. J’ai laissé derrière moi cette empreinte originelle, en ayant honte d’avoir pu prendre du plaisir à ce divertissement, moi qui voulais, croyais, espérais faire de l’art.