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C’est pour vous, Blaise Cendrars, que j’ai écrit ces lignes, parce que je savais que vous comprendriez. Vous qui avez vu tant de choses, tant de pays, tant de monde, vous qui aussi avez connu les Indiens, vous qui n’avez peur ni de dieu ni du diable, ni de la vie ni de la mort. Ainsi débute Indiens en bleu de travail. Jaime de Angulo raconte dans cet ouvrage paru en 1949 ses séjours avec les peuplades indiennes de Californie. Déroutant et inclassable, publié à l’instigation d’Ezra Pound, ce récit fait date dans la littérature américaine. Entre investigation linguistique, aventure anthropologique, récit de voyage et roman picaresque, dans le tourbillon hallucinatoire des temps de la réminiscence, Indiens en bleu de travail interroge et réactive l’idée de pouvoir : pouvoir évocateur des mots et de la parole, qui ressuscite une réalité disparue, pouvoir coercitif du langage et du chant, qui guérit, contraint et empoisonne. Pouvoir porté par le franchissement : ceux qui étaient morts sont vivants, le sujet s’ouvre à l’infini. Indiens en bleu de travail est aussi le constat d’un échec et d’une occultation programmée : « les Indiens ont disparu, il n’y a plus de chant à enregistrer. »