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« A vrai dire je me sentais une dette vis-à-vis de Pierre Overney, une dette que Maos, mon précédent roman, ne me semble pas avoir comblée. J’ai songé qu’il eût été dommage de ne pas tirer un récit des milliers de documents que j’ai lus, de la soixantaine d’interviews que j’ai faites pour aboutir au roman Maos. Mais d’abord qui est Pierre Overney ? « Qui se souvient de lui aujourd’hui ? » me disait un de ses frères non sans amertume. Les nouvelles générations auront du mal à croire que, dans les années 70, plus de 200 000 personnes ont défilé à Paris derrière le cercueil de cet inconnu : Lionel Jospin, Simone Signoret, Jean-Luc Godard, André Glucksmann et j’en passe… Pierre Overney était un ouvrier maoïste de 24 ans que ses petits chefs de la Gauche prolétarienne ont envoyé en commando pour casser la gueule aux gardiens « fascistes » de l’usine Renault, à Boulogne-Billancourt. Un membre du service d’ordre, Jean-Antoine Tramoni, a sorti son arme : Overney-le-mao est mort d’une balle en plein cœur. C’était le 25 février 1972. Ironie de l’Histoire, au même moment, en Chine, le président des Etats-Unis, Richard Nixon, se congratulait avec… Mao. Simultanément, dans nombre de pays d’Europe, dont la France, des groupements gauchistes s’en prenaient avec violence moins au capitalisme qu’au parti communiste, à qui ils reprochaient de ne pas « faire la révolution ». La montée du terrorisme des années 70 a-t-elle été manipulée ? Pierre Overney, dans la naïveté de ses vingt ans, est-il mort à la confluence de jeux politiques et policiers souterrains qu’il était bien incapable de soupçonner ? Lors de l’enterrement d’Overney, le philosophe communiste Louis Althusser aurait dit : c’est le gauchisme qu’on enterre. On peut se demander maintenant si, ce jour là, ça n’est pas tout simplement la Gauche qui est morte. » Morgan Sportès