Que se passe-t-il quand s'achève la " fin de l'histoire " ? Les printemps arabes, le mouvement des places qui a suivi la crise de 2008, de Madrid à New York, en passant par la France, la Turquie ou la Grèce, puis le retour de la guerre et des formes de fascisation, ont mis fin à l'illusion d'une disparition de la politique. Des Gilets jaunes aux places Tahrir ou Taksim, jusqu'à la révolte antiraciste déclenchée par l'assassinat de George Floyd, le plus vaste mouvement social de l'histoire des États-Unis, le camp de l'émancipation est revenu au centre du jeu. Mais sans parvenir à convertir cette intensité politique en changements durables.
C'est cette configuration que Jäger nomme " hyperpolitique " et qu'il explore dans cet essai aussi provocateur qu'élégamment écrit. Il retrace les mutations de la vie politique en Occident depuis la fin de la guerre froide, de la " post-politique " technocratique des années 1990 à l'" antipolitique " des années 2000, pour aboutir à un présent hyperpolitique, diffus et instable, qui finit par s'aligner sur les lois du marché. Il montre comment l'effritement du tissu social au cours du dernier demi-siècle a laissé les citoyens " isolés numériquement ", privilégiant les interactions interpersonnelles, le registre symbolique et l'activisme en ligne au détriment de la construction d'organisations et d'institutions capables de peser sur le cours des choses.
En croisant les disciplines et les références, Jäger éclaire la panique autour du wokisme, le caractère suranné de l'antipolitique à la Houellebecq ou l'impuissance des formes médiatiques de " résistance " comme les gesticulations nihilistes du mouvement MAGA. Surtout, il met en garde contre une repolitisation des consciences qui refuse de se donner les moyens de changer le monde.
We publiceren alleen reviews die voldoen aan de voorwaarden voor reviews. Bekijk onze voorwaarden voor reviews.