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Mon amie, un jour j’ai déposé ce livre entre vos mains, et vous l’avez aimé comme personne avant vous. Ainsi me suis-je habitué à penser qu’il vous appartenait. Souffrez donc que j’écrive non pas seulement dans votre livre, mais dans tous les livres de cette édition nouvelle, que j’écrive : Les histoires du Bon Dieu appartiennent à Ellen Key… Un homme étranger m’a écrit une lettre. Ce n’est pas de l’Europe que m’a parlé cet homme étranger, ni de Moïse, ni des grands ni des petits prophètes, ni de l’empereur de Russie, ni du tsar Ivan le Terrible, son dangereux ancêtre. Il n’était question dans cette lettre ni du maire, ni de notre voisin le cordonnier, ni de la ville voisine, ni des villes lointaines ; et les chevreuils de la forêt où je m’égare tous les matins, non plus ne paraissent pas dans sa lettre. Il ne me raconte même rien de sa petite mère ou de ses sœurs qui sans doute sont depuis longtemps mariées. Comment serait-il possible autrement qu’elles ne soient même pas nommées dans une lettre de quatre pages ? Il me témoigne une confiance beaucoup, beaucoup plus grande ; il fait de moi son frère, il me parle de sa détresse. Le soir, l’homme étranger vient chez moi. Je n’allume pas de lampe, je l’aide à défaire son manteau et je l’invite à prendre le thé avec moi, parce que c’est justement l’heure de mon thé quotidien. Et pour de si proches visites il ne faut s’imposer aucune contrainte. Lorsque nous sommes déjà sur le point de nous mettre à table, je remarque que mon hôte est inquiet ; son visage est plein d’anxiété et ses mains tremblent…