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Constitutif du christianisme et de la culture européenne, le culte des saints a dû son ampleur et sa persistance aux récits de vies, oraux ou écrits, qui ont commencé de se divulguer dans le Bassin méditerranéen dès le IIᵉ siècle. C'est une histoire de ces histoires, en même temps qu'une analyse de leur élaboration et de leur fonction dans la société chrétienne de l'Antiquité tardive à la fin du Moyen Âge, que tente ici Aviad Kleinberg, historien des religions et professeur à Tel-Aviv. Qu'il s'agisse des martyres avant la conversion de Constantin, des Vies et des exploits ascétiques des Pères du désert ou de La Légende dorée, rédigée vers 1260 par le dominicain et archevêque Jacques de Voragine, les histoires de saints sont recueillies ou même inventées de toutes pièces par des gens d'Église. Elles sont le fruit de forces diverses et souvent en conflit : les conceptions des autorités ecclésiastiques, qui cherchent à imposer un canon de foi et de discipline valable pour tous, la croyance populaire, censée être entretenue et fortifiée, l'imagination et les partis esthétiques des auteurs. Au gré des transformations du christianisme, l'invention et l'intégration dans la culture de ces histoires sont inséparables d'un processus social complexe. En elles et avec elles, nous montre Kleinberg, c'est la force créatrice religieuse des communautés qui s'exprime, instaurant une vision du monde autre, souvent en contradiction avec celle de l'Église. Les Vies de saints contribuent ainsi à une autre théologie.