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Notre époque vivrait-elle la fin du débatâ? De «âA letter on justice and open debateâ» du Harper’s Magazine en 2020 à «âl’appel à la vigilance face à la haine et à la violence dans les médiasâ» lancé par un collectif dans Le Devoir trois ans plus tard, le même constat s’impose partout : celui d’une dégradation des échanges publics, mêlant dérapages et attaques personnelles. La conversation démocratique semble aujourd’hui traversée par de nouvelles forces «âillibéralesâ» ou «âémotionnellesâ» dont l’expansion (âla «âviralitéâ»â) est pour partie imputable aux réseaux sociaux. À la forme agonistique voire éristique du débat se substituent désormais des effets de meutes. Autant de pratiques qui ont pour conséquence d’écarter les voix dissonantes ou contradictoires au coeur de la cité. Certains comme Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, n’hésitent plus à censurer l’usage de certains mots. Il y a aujourd’hui un malaise et même une crise de la conversation démocratique. Ce sont l’expression de cette crise et la guerre des mots qui s’y trouve à l’origine qui sont l’objet de ce livre. Car elles sont inséparables d’une nouvelle culture de l’interdit, de tactiques d’intimidation, de manoeuvres d’intolérance, une logique de la polarisation voire de la radicalisation, tout ce que notre époque range volontiers, et peut-être un peu vite, sous le terme de cancel culture, une notion passablement obscure et résistante. C’est aussi à la question de savoir comment en sortir que ce livre essaie en quelque sorte de répondre.