Selon Heidegger, la phénoménologie ne serait pas une
école de pensée ni un mouvement philosophique, mais la
pure possibilité de «répondre en son temps à ce qui est à
penser». Pourquoi s'occuperait-on dès lors de l'histoire des
diverses doctrines qui en revendiquent le titre ?
Mais peut-on parler de «la» phénoménologie ? Plutôt que
de présupposer une telle identité, on s'attache ici à une
reconstruction possible de l'homonymie des phénoménologies,
en prêtant attention à l'incessant remaniement
de la logique qu'elles opèrent en relation avec la question
du langage. Ce qui se trame alors sous le double nom de
«phénoménologie» et de «grammaire», c'est l'histoire
d'un motif qui, de Lambert à Husserl en passant par
Kant, Hegel et Brentano, hante la philosophie moderne
jusque dans ses «déconstructions».
S'ouvre ainsi la possibilité d'une lecture de la Recherche
que Husserl consacre à «l'idée de grammaire pure
logique», attentive à la synonymie des diverses grammaires
philosophiques qui traversent l'histoire. On suit alors un
chemin indiqué par Platon et Aristote, qui conduit des
Alexandrins à Frege, des grammaires spéculatives à Peirce,
de Port-Royal à Russell. Non que la question grammaticale
ait le même sens, se réfère à la même chose, prétende à la
même vérité dans chacune de ces formes de pensée, mais
parce que la question de la grammaire renvoie toujours à
cette autre : à quelles conditions le sens, la référence et la
vérité sont-ils possibles ?
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