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Vues de près, les peintures antiques de la villa Adriana à Tivoli, les fresques de Raphaël au palais du Vatican, mais aussi celles de la galerie des Carrache dans le palais Farnèse, et tant d’autres, offrent un spectacle étonnant. Ce sont des œuvres striées de noms, de dates et même d’esquisses, très différentes des images lisses, intactes et éclatantes auxquelles les livres d’art nous ont habitués. Les graffitis y sont omniprésents. Ils furent réalisés par des artistes parfois célèbres, au cours de leur période de formation à Rome, par des amateurs lors du Grand Tour, par des soldats ou des touristes de passage à Rome entre les XVIe et XIXe siècles. Ces graffitis nous mènent au cœur de la tradition artistique européenne et occidentale. Apposés sur des œuvres majeures, ils sont la survivance de gestes d’empreinte, d’attestation et d’inscription, de signatures et d’écritures individuelles. Trace urbaine griffant les hauts lieux de Rome, le graffiti manifeste un rapport matériel et familier aux œuvres. Ce livre invite à un autre regard sur l’art et son histoire : non pas esthétique mais archéologique ; un regard de biais, littéralement. Ainsi rendus à leur visibilité, les graffitis donnent à voir une autre histoire du chef-d’œuvre, matérielle, tactile et anthropologique. Lauréate de la villa Médicis (2012-2013), Charlotte Guichard est chargée de recherche au CNRS (Institut d’histoire moderne et contemporaine, Paris). Ses travaux portent sur l’histoire de l’art et du patrimoine au XVIIIe siècle. Elle a notamment publié Les Amateurs d’art à Paris au XVIIIe siècle (Champ Vallon, 2008).