[...] Écrit par un témoin du camp des vaincus, il ne contenait aucun message
politique et ne se laissait nullement aller à une exaltation partisane facile. J'y
retrouvais cette même douleur face à la destruction irrémédiable qui me touchait
dans le recueil de poèmes Les nuages de Luis Cernuda, une douleur qui
survivait aux exercices désuets de propagande de chacun des deux bords : non
seulement ceux du roman et de la poésie médiocres, voire misérables, des
chantres de la Phalange, mais aussi ceux, plus dignes, des auteurs communistes
ou républicains.
Le devoir de témoigner de «la vérité contre le mensonge noir et contre le
mensonge rouge», dont il parlera ensuite dans El vent de la nit (Le Vent de
la nuit), partie ajoutée par l'auteur et faisant corps avec l'oeuvre principale,
confère à Joan Sales la rigueur morale de celui qui ne fonde ses réflexions sur
aucune certitude et vit à découvert dans l'absurde du monde, avec son cortège
de sang, de mort et d'injustice.
Les héros de Gloire incertaine - combattants, volontaires ou non, sur le front
d'Aragon - vivent une situation qui les dépasse et les transforme en pions d'un
jeu qu'ils ne maîtrisent pas. Leurs souffrances, leurs doutes, leurs héroïsmes,
leurs sacrifices, incarnent «the uncertain glory of an April day» qui donne
au livre son titre. Joan Sales ne tombe pas dans le piège du témoignage mélodramatique
ni dans l'illusion lyrique dont souffrent la plupart des romans de
guerre. Voilà pourquoi la force de Gloire incertaine survit à l'épreuve du temps
et pourquoi on peut lire aujourd'hui ce récit avec cette même intensité qui a
présidé à son écriture. [...]
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