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François Dagognet, en son œuvre foisonnante, pose un problème au bibliothécaire/bibliographe avant d’en poser un, plus grave encore, au philosophe troublé et inquiet devant cette œuvre éclatée : où le classer, dans quelle rubrique du fichier le caser, comment le cataloguer ? En philosophie, en médecine, en géographie, en droit, en histoire des sciences, en histoire de l’art, etc. ? Partout, c’est-à-dire nulle part ou autant ici qu’ailleurs, l’hybride devient insaisissable. Lui qui exalte les classements semble échapper à toute classification et s’ingénie à prendre à contre-pied les attendus, à mettre hors-jeu les conformismes : l’hérétique n’est pas toujours celui qu’on croit. La mixte ambivalent suscite alors la question quasi policière des gardiens du temple : est-ce bien encore de la philosophie ? Le risque de cette étrangeté migratoire qui traverse les frontières disciplinaires est d’entretenir la menace d’une disqualification ; l’accusation de bricolage alimente la honte d’une traîtrise. D’autant qu’à cet éclectisme voyageur de bohémien, sinon de nomade, s’ajoutent des attractions sulfureuses pour Lavater, Bertillon, Reich, Duchamp, César… et une passion compromettante pour des objets curieux et des inventions farfelues. Et comme si cela ne suffisait pas, Dagognet s’ingénie à prendre des positions iconoclastes sur les cimetières, les dons d’organes, les mariages, etc., ce qui donne à la stature du philosophe une allure d’excentrique radical dans les débats contemporains.