«C'est ma mère qui gît, renversée
dans l'escalier de marbre, la tête en
sang. Un très vieux souvenir. L'âge où
je tendais encore les bras pour que tu
me prennes dans les tiens. Âge lointain,
vite révolu, d'une tendresse toujours
espérée. Des filets de sang
strient le front, les joues, tout le visage.
Je te regarde, tu ne bouges pas.
Es-tu morte, maman ? Que veut dire
être morte ? Cela signifie-t-il que tu
ne me battras plus ? Je te regarde, il y
a le silence. Tout autour. Les cris,
c'était avant. Maintenant c'est fini, il n'a plus besoin de crier. S'il
continue il te tue, s'il te tue il va en prison. Alors il s'arrête. C'est
fini pour aujourd'hui, on reprendra demain. Il a été jusqu'au bout
du possible, jusqu'au bout de l'admissible. Mon papa, il est très
malin, il sait toujours s'arrêter à temps.
C'est chaque fois la même chose : il y a les insultes du père et les
cris de la mère et ceux de la grand-tante qui croit toujours au
drame, celui qui nous aurait sauvés : la mère morte. Morte, définitivement.»
D'une écriture pleine de tenue et de retenue, Félicité place le lecteur
au coeur d'une fresque familiale. Un jour, le malheur frappe un
couple heureux. Allié au déterminisme social, il génère alors son
absolue logique dans laquelle se trouvent happées les deux générations
suivantes.
Le récit est porté par l'une des petites-filles aux prises avec la
violence qui transforme la cellule familiale en industrie de destruction.
Elle renversera ce mécanisme qui pouvait, sinon, devenir un
«destin».
Ce texte, aux qualités littéraires certaines, renouvelle l'abord de
la question des violences familiales.
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