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C’est exactement l’histoire d’une fascination — mi-rêvée, mi-vécue — que nous conte la jeune Marion, adolescente perverse, qui se crée un monde à ses mesures, en reliant ceux qui l’entourent par des « liaisons dangereuses ». Que sait-on avec précision ? Qu’elle est une « enfant du Bon Dieu » abandonnée à la garde d’une épicière, que la belle Mme Algan est la veuve d’un vétérinaire, que M. le Doyen (nommé en secret Armand) aime jouer du piano chez cette femme merveilleuse, que Maurice le spahi est devenu garde-chasse, que Drouillon est un roulier robuste qui l’attire, que Vanda est la voix furtive de sa conscience. Pour tromper son ennui, la petite Marion fait naître, là où elle est, l’équivoque érotique. Elle suscite, aussi bien dans le village que sur les routes ou dans les riches demeures des environs, une série de drames, les uns fictifs sans doute et les autres vrais, qui lui donneront enfin le sentiment d’aimer et d’être aimée autrement que comme une enfant née de parents contestés. Elle provoque l’amour fou entre Mme Algan et Drouillon, entre Mme Algan et Maurice, entre Mme Algan et le curé dont elle se veut l’enfant chérie. Et elle parvient parfaitement à s’identifier avec cette femme mystérieuse : elle vit alors des passions et des jalousies successives jusqu’au moment où le filet de songes et de mensonges qu’elle a tissé au moyen de son imagination obsédée sera détruit, consumé par les séparations, la mort et la réalité.