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“Si je viens à franchir un fossé, dit Napoléon Ier parlant de son beau-fils Eugène, il est le seul à me tendre la main...” Et pourtant, lorsque le fossé devient gouffre, à Waterloo, en juin 1815, l’absence du prince est très remarquée. Eugène est alors à Vienne, où se joue le sort d’une nouvelle Europe, et le prince cherche désespérément à recevoir une parcelle de territoire, où s’installer avec sa nombreuse famille. Il est reçu à la cour d’Autriche avec courtoisie et, dans les salons viennois, chaleureusement... Le tzar Alexandre Ier est son meilleur ami... Il veut faire oublier son passé de colonel des chasseurs de la garde impériale, tout ce zèle qu’il a déployé naguère lorsqu’il était, à Milan, le lieutenant de l’Empereur et le vice-roi de cette Italie dont il aurait tant aimé recevoir la couronne. Malgré ses efforts, que l’on a souvent confondus avec une trahison, Eugène devait sombrer en même temps que son illustre protecteur. Ce fils de Joséphine, la gentille Créole, et d’Alexandre de Beauharnais, le frivole marquis, a fait néanmoins, par hasard, un mariage d’amour extraordinairement fécond ; la plupart des têtes couronnées — en cette Europe de fin de XXe siècle — sont de sa descendance. Il passe les dernières années de sa vie en Bavière, prince fortuné dans un décor d’opérette... Héros d’un fabuleux roman trop brutalement interrompu, Eugène s’ennuie et “enfant du siècle” à son tour, traîne sa mélancolie dans les couloirs de ses somptueuses demeures. Sa mort, prématurée, n’est certainement pas sans lien avec ses regrets... Au “Beauharnais” que toute la Grande Armée adorait, la France n’a jamais accordé son pardon.