En 1986, un inconnu propose à un bouquiniste de Prague un nouveau lot de 32 lettres signées Franz Kafka. La correspondance de cet écrivain est arrivée au compte-gouttes. Les Oeuvres complètes ne parviennent jamais à l'être vraiment, et c'est comme s'il manquait sans cesse un dernier volume.
La récente acquisition de Prague est particulièrement précieuse dans la mesure où elle concerne l'ultime année où Franz quitte enfin Prague et ses parents pour aller vivre à Berlin avec une très jeune fille juive. Dora Diamant. Dans le lot, l'original de la dernière lettre écrite le 2 juin 1924, la veille de sa mort au sanatorium de Kierling.
Pourtant le lot de Prague n'est pas complet, il manque encore des lettres. Il manque aussi la correspondance de Kafka à Dora avant l'installation à Berlin (probablement détruite par la Gestapo). A la demande de l'écrivain et sous ses yeux. Dora brûle un ensemble de textes. Il manque les pages du Journal pour les tout derniers mois. Manque d'autant plus grave que Kafka est décrit par ses proches en des termes fort différents de ceux avec lesquels il se jugeait avant le départ pour Berlin.
Mais il manquera peut-être toujours un mot, une page, une dernière lettre, un dernier volume...
Ce livre tente d'approcher cet autre manque. Un manque qui dirait quelque chose du deuil, de l'amitié endeuillée, et d'abord de celle de Max Brod, exécuteur testamentaire de Kafka qui n'a pas pu respecter l'ordre de brûler les œuvres inachevées comme Le procès et Le château. Est-il possible de raconter l'expérience de ce manque-là, sans tomber dans les multiples pièges des explications biographiques et des exégèses littéraires qui manquent le manque en le comblant ?
Voilà du moins ce qui se risque ici : le deuil de Franz Kafka.
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