Heureux, vous les pauvres : le Royaume des cieux est à
vous. [...] Mais malheureux, vous les riches : vous tenez
votre consolation (Luc 6, 20 et 24). Les appels à la pauvreté
et au partage, les mises en garde contre les richesses s'avèrent
extrêmement fréquents dans les textes évangéliques les plus célèbres
de nos jours encore. L'objet de cet ouvrage est d'étudier leur écho
dans la société occidentale des XIIe et XIIIe siècles, où les richesses issues
du commerce commencent à affluer dans les villes et où les inégalités
se creusent, tandis que la Bible demeure l'autorité par excellence.
L'auteur s'intéresse tout d'abord à l'élaboration par les moines et
les clercs d'un idéal de pauvreté volontaire, qui ne s'impose qu'à
partir du XIIe siècle. Il étudie les étapes, les acteurs et les enjeux de
cette construction, qui concerne tout à la fois l'interprétation de
passages fondamentaux de l'Évangile, la place accordée aux laïcs
et l'expression de la hiérarchie dans l'Église. L'affirmation de la
pauvreté y apparaît indissociable de celle d'une forme de domination.
Il pose ensuite la question de l'articulation de ce discours aux
réalités sociales. L'exaltation de la pauvreté se traduit-elle par une
hostilité à l'égard des richesses et des riches ? Par une condamnation
des activités lucratives ? Par une revalorisation de l'image des
miséreux ? Il apparaît plutôt - et c'est la thèse que soutient
l'auteur - que la préoccupation essentielle des exégètes était de placer
l'Église au coeur de la société, au centre des échanges, matériels
comme symboliques, si bien que les riches firent l'objet de toutes les
attentions, au risque d'en oublier les pauvres.
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