Depuis plusieurs décennies, les systèmes d'enseignement africains
constituent l'«arène» de mobilisations collectives d'enseignants, d'étudiants
et de «scolaires». C'est ce que l'on a pu observer de façon répétée
au Sénégal, surtout depuis les événements de mai et juin 68, et au
Burkina Faso depuis le début des années 70. Les revendications apparues
au cours de ces mobilisations ont souvent mêlé des motivations
matérielles, culturelles et politiques. Ces premières manifestations de la
conflictualité autour de l'institution scolaire ont alors contribué à
l'émergence de projets de réformes éducatives dans la décennie 70, inspirés
par une thématique «progressiste» soutenue par l'UNESCO.
Au cours de la décennie 80, cette dynamique réformiste s'est essoufflée
et a été supplantée par la montée en puissance de l'«ajustement
éducatif» impulsé par la Banque mondiale. Toutefois, ce projet de
réagencement des systèmes d'enseignement a rencontré de sérieuses
résistances de la part des acteurs des luttes scolaires et universitaires. De
plus, ces mobilisations sociales ont fortement marqué le jeu politique
que l'on observe dans ces deux pays, tant par les effets à court terme,
lors des phases de crises, qu'à plus long terme, avec la genèse de forces
socio-politiques d'opposition aux régimes en place.
Cet ouvrage reconstitue les processus qui expliquent la politisation
récurrente des crises de l'enseignement au Sénégal et au Burkina Faso,
en les mettant en perspective avec la situation d'autres pays africains. Il
s'inscrit dans le projet d'une sociologie historique des interactions entre
systèmes d'enseignement et systèmes politiques en Afrique noire. Il
suggère également une lecture critique des analyses dominantes dans le
champ africaniste tant dans le domaine de la science politique que de
l'économie de l'éducation.
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