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Au moment de la parution d’Eaux sombres en 1920, W.E.B. Du Bois est déjà considéré comme l’un des plus grands hommes de lettres américains , premier homme noir à avoir obtenu un doctorat aux États-Unis (et le sixième à être entré à Harvard), professeur d’histoire et d’économie à l’université d’Atlanta et cofondateur de la fameuse NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), il a été particulièrement remarqué pour la publication des Âmes du peuple noir, un recueil d’essais dont l’influence sur la politique et la littérature américaines fut immense. Son combat infatigable pour les droits civiques et contre les violences révoltantes perpétrées contre les Noirs aux États-Unis (au Sud, bien sûr, mais aussi au Nord où émigrèrent de nombreux travailleurs pendant la Première Guerre mondiale) s’est étendu à un militantisme mondial, tant à travers le mouvement panafricain que par des positions telles que la défense des Intouchables en Inde. C’est dans le contexte de l’été rouge de 1919, où plus de trois cents Noirs furent tués dans divers actes de violence raciale, que paraît Eaux sombres, la première de trois autobiographies de Du Bois, qui, comme Les Âmes du peuple noir, mêle les genres pour mieux saisir la complexité des concepts de race et d’identité. Tour à tour poésie, fiction, mémoires et essai, le livre présente une vision sans fard mais profondément humaniste de la possibilité d’une démocratie et d’une égalité réelles malgré les animosités qui opposent les citoyens américains. Comme l’indique le sous-titre qu’il choisit (« Voix de l’autre côté du voile »), Du Bois veut faire entendre à chacun la voix de l’autre à travers les séparations ethniques, économiques, de sexe, etc., et ainsi encourager une conscience des intérêts et valeurs qui les unissent. Inédit en français, Eaux sombres est un livre lyrique, passionné, lucide, qui conserve plus de cent ans après sa publication une actualité pressante.