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Depuis l'adolescence, André Malraux est pour Hervé Gaymard un fraternel compagnon de vie. Il revient ici sur ce qu'il lui doit : une attitude par rapport à la vie, l'ouverture sur le monde et toutes les formes de culture, la vérité de l'engagement. C'est en cela que Malraux, trop oublié aujourd'hui, demeure moderne." Je me revois, en cet automne, dans la triste étude de l'internat du lycée Jean-Moulin d'Albertville, regarder la neige précocement tomber, et faire un beau voyage intérieur : Constantinople, Ankara, Ispahan, Kaboul, Samarcande, l'Alsace... À la bibliothèque, j'avais trouvé un ouvrage au titre mal centré sur une couverture fatiguée, Les Noyers de l'Altenburg. Ce fut le livre de mon adolescence.Une vingtaine d'années plus tard, mon premier livre fut Pour Malraux, écrit à la diable en quelques semaines, lointain écho d'une lettre qui n'avait pas trouvé son destinataire, car j'ignorais qu'il était en train de mourir. En ce début des années soixante-dix, il était très présent dans la presse, à la télévision, à la radio. Et très prolifique : depuis son départ du gouvernement, il publiait presque un livre par an. Il m'apparaissait à la fois fraternel et immortel. Sa mort me plongea alors dans une tristesse déraisonnable pour un garçon de mon âge.Aujourd'hui est venu le temps de signer ma reconnaissance de dette, en explorant les mises en abymes dont j'avais eu l'intuition il y a un demi-siècle. J'ai retrouvé le petit cahier bleu où je consignais alors mes morceaux choisis. Je n'en rougis pas. L'affection n'exonère pas de la lucidité. Elle l'impose plutôt.Dans ce Dictionnaire amoureux, je n'ai pas toujours été tendre, même si je me suis efforcé d'être équitable, tempéré par cette affection dont je ne veux me départir. "