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Critique musical, le narrateur de ce court roman vient de passer une semaine exceptionnelle sur une île des Hébrides extérieures : l’organisatrice du tout nouveau festival de Castlebay a souhaité qu’il puisse rendre compte, dans son émission de la BBC, de cet événement qu’elle a mis toute son énergie à organiser, comme un dernier hommage à l’homme qu’elle a passionnément aimé et qui s’est noyé douze ans auparavant dans ces eaux écossaises. Mais James Fletcher a du mal à se concentrer pendant cette soirée de clôture : tandis que, sur scène, les musiciens interprètent un trio pour piano, violon et violoncelle de Schubert, il ne parvient pas à quitter du regard sa voisine, la grande pianiste Viviane Craig. Elle, dont il est tombé fou amoureux un soir de concert, des années auparavant, est la véritable raison de sa venue sur l’île. Si leur relation doit rester secrète – Viviane est mariée –, ils ont enfin trouvé l’occasion, pendant ces quelques jours, de vivre leur passion plus librement que lors de moments volés à Londres. Le trouble de James est amplifié par la présence dans sa poche d’une lettre de son cardiologue, qu’il tarde à ouvrir, et dont il sent qu’elle ne lui annonce rien de bon. Allegro moderato, andante un poco mosso : il n’est pas temps encore, et James laisse les notes de Schubert l’envahir comme par vagues. L’émotion qu’elles lui procurent est palpable, ses mots pour les dire d’une telle puissance qu’ils prolongent chacun des mouvements pendant lesquels se déploie ce monologue intérieur d’une grande intensité. La musique et la vie s’y entrelacent magnifiquement : la sensualité que les trois interprètes insufflent au trio de Schubert vient amplifier la sensation de vertige qu’éprouve James. Les petits secrets des musiciens, qu’il a observés pendant ces journées de quasi huis clos sur l’île, s’invitent alors dans la danse et quand, après l’entracte, tout s’accélère, Jean Mattern nous invite à un final flamboyant. L’écrivain, subtil interprète du trouble amoureux et de la complexité des sentiments, déploie dans le microcosme de ce festival écossais une délicate comédie humaine, où ses lecteurs auront plaisir à retrouver sa manière, mais également certains des personnages croisés dans ses romans précédents, notamment le très beau Bleu du lac. Et il rend, avec ce roman parfaitement maîtrisé, un vibrant hommage au pouvoir de la musique… avant toute chose.