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Voici une étude réalisée à partir de milliers de lettres reçues par le général de Gaulle après sa démission, le 28 avril 1969, à la suite de la victoire du «non» au référendum qu’il avait initié sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Pour les grands événements politiques et militaires, les victoires ou les défaites électorales, les condoléances, écrire au président de la République était monnaie courante au XXe siècle. On a pourtant peine à imaginer la variété et la richesse des quelque 4000 lettres examinées dans le présent corpus. Celles-ci offrent une vision kaléidoscopique des grandes étapes de la France du XXe siècle et des détails de la vie quotidienne tels qu’ils sont vécus ou ressentis par ceux qui ont pris la plume , comme par un jeu de miroir, elles nous renvoient un précieux portrait sociologique, psychologique et politique d’une certaine France. Entre mieux-être et pauvreté, la France des 30 Glorieuses reste encore traditionnelle : place des femmes et de la famille, religion, culture politique infléchie par le grand homme et souvent marquée par l’irrationnel et le passionnel plus que par la réflexion. Le général de Gaulle apparaît ici comme le père ou le grand-père protecteur, un intermédiaire entre Dieu et les hommes qui mérite le respect et même la vénération, d’autant que sans lui, craint-on, la France perdra sa grandeur.