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« Je veux vous raconter une histoire intéressante. Même pas une histoire, une biographie de la peur. Je veux vous raconter comment la terreur qui saisit brusquement un être humain peut changer toute sa vie. » C’est ainsi que nomme Tatiana Alexeïevna l’histoire de sa vie qu’elle confie à Sacha, et le jeune homme fraîchement débarqué dans son immeuble en devient le dépositaire à son corps défendant.
Le dialogue qui s’installe entre la vieille dame malade et le jeune arbitre de football évoque des tragédies, historique pour l’une, intime pour l’autre. L’existence de Tatiana est hantée par la question obsédante de la recherche de la vérité tandis que Sacha tente de tourner une page douloureuse afin de continuer de vivre. La croix rouge se mue en attribut de la mémoire. Elle rappelle les prisonniers soviétiques abandonnés pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est aussi le signe que dessine la vieille femme sur les portes pour retrouver celle de son appartement et la croix que portaient les citoyens soviétiques soumis à la terreur ; c’est enfin l’objet des dernières volontés de l’héroïne.
Croix rouges est une interrogation sur la mémoire individuelle qui s’efface peu à peu, tout autant que sur la mémoire collective qui disparaît avec les derniers survivants d’une histoire tragique.