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Ce n’est pas le Courbet communard qui m’a retenu ici. C’est Courbet peintre. La manière de Courbet. Ses manières, ses mauvaises manières. Sa grossièreté de paysan (de Franche-Comté) mal dégrossi, de plébéien. Qu’il soit devenu communard, d’ailleurs, n’est pas pour étonner. On se moquait de lui : il ignorait les livres, il était sans orthographe. L’école et lui s’étaient très tôt brouillés. Mais Courbet est ailleurs : c’est un peintre-né. Ses manières sont, à tous égards, fort peu académiques. L’Académie ne s’y trompait pas : le Salon le rejeta avec constance. Pourtant, les meilleurs, dont Baudelaire son ami, surent voir derrière le scandale (voulu, délibéré) qu’occasionnaient ses tableaux, une œuvre inédite, radicale, décisive pour l’art moderne (Monnet, Cézanne) qui surgissait « avec l’allure d’une insurrection ». Courbet, c’était un homme « énorme » – « hénaurme » eût dit son contemporain, l’autre Gustave du siècle, l’auteur de Madame Bovary, avec lequel il partageait tant d’aspects communs. Cette « hénaurmité » – cette outrance –, nous la voyons de façon indissociable dans son personnage tonitruant et dans son œuvre scandaleuse, lieu d’une vraie jouissance esthétique et sensuelle, ce que nous avons appelé, comme pour rappeler combien l’animalité n’est jamais loin dès lors qu’on évoque ce peintre, un puissant « effet-bœuf ». Henri Raczymow