Qu'il s'agisse des horaires du catéchisme, de la surveillance des
enfants à l'église, de la dévotion du maître, du contenu des livres
d'histoire ou de sciences, de la présence sur un même banc d'école
d'enfants de religion différente, les objets de conflit entre clercs et
instituteurs, pendant cent quarante ans, ne changent guère de nature.
De l'aube du 19e siècle, alors que s'achèvent les troubles
révolutionnaires, à la Deuxième Guerre mondiale, les Églises voient
invariablement dans l'école primaire publique un moyen efficace de
ré-évangéliser le peuple et, dans ce but, de conquérir une influence
politique par l'usage de moyens nouveaux comme le suffrage
universel et la presse. Mais les États-Nations en construction, la
France et l'Allemagne, assignent à l'école un autre objectif : la
formations de citoyens autonomes et productifs, par l'initiation aux
sciences et aux techniques utiles à l'agriculture et à l'industrie, ainsi
que par la connaissance du monde et de l'histoire de la patrie. Les
maîtres d'école d'Alsace-Moselle se voient assigner deux tâches
contradictoires : transmettre une interprétation chrétienne du
monde, dans une école qui est conçue comme un prolongement du
culte ; mais aussi introduire, au coeur des villages, les nouveautés de
la science et du progrès d'un siècle qui n'en a pas manqué.
Dans ces trois départements de l'Est, les conflits sont exacerbés
par les deux changements de nationalité, en 1871 et 1918, qui
donnent au cléricalisme des armes puissantes : à chaque fois les
Églises présentent le nouvel État, porteur de modernité, comme un
occupant peu légitime. Ainsi, ce que l'on appelle le statut local de
l'école est le fruit d'un passé complexe et de luttes ininterrompues,
dans lesquelles se sont épuisés quantité d'obscurs maîtres d'école en
quête d'un peu dignité.
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