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Une femme dont la police arrête, torture et abat le mari, dont elle arrête le fils aîné ; une femme que le doute et l’angoisse rongent jusqu’au jour où le NKVD l’arrête à son tour ; une femme condamnée au Goulag pour « activité antisoviétique » et qui y meurt bientôt de fièvre, de faim et de froid, ce serait à l’ère stalinienne un destin tragique, certes, mais banal, si cette femme n’était l’épouse du secrétaire de l’Internationale communiste, Ossip Piatnitski. Une femme dont la mari haut placé se lève, en juin 1937, au plus fort de la terreur, en plein Comité central, pour s’opposer à Staline et dénoncer les méthodes meurtrières du tout-puissant Ejov, commissaire du Peuple à l’Intérieur, c’est là un fait exceptionnel et unique qui vaut à Piatnitski l’arrestation, la torture et une balle dans la nuque. Une femme enfin dans le Journal, surveillé puis saisi par la police, fait entendre les cris d’une conscience déchirée – qui est coupable, lui, moi, mon enfant, eux, les autres ? –, toutes questions qui la mènent à la mort, c’est l’écho sanglant d’une époque, enregistré « à chaud » et non à travers les méandres de la mémoire. Ce faisceau de circonstances fait du Journal de Ioulia Piatnitskaïa et de ses pages chaotiques, torturées, haletantes, un témoignage bouleversant dont l’intérêt dépasse de beaucoup l’histoire immédiate.