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Le Cavàfis des poèmes historiques, fasciné par la période hellénistique ou la Byzance médiévale, et le Cavàfis des poèmes amoureux, obsédé par la beauté masculine et les plaisirs de sa jeunesse, ne sont qu’un seul et même poète : le passé, qu’il soit lointain ou proche, reste pour lui éternellement présent ; et la ville où il vécut, Alexandrie, ne cesse de hanter son œuvre.
Alexandrie n’est jamais décrite. Pas de couleur locale ici, ni d’images, ni de grands élans lyriques, mais une retenue, un dépouillement extrêmes, une mélancolie, une ironie diffuses, une magie sonore impalpable.
Cavàfis est désormais traduit, commenté, célébré un peu partout dans le monde. Et pourtant, savourant aujourd’hui ces vers lentement mûris, patiemment décantés comme des alcools anciens, on croit être encore à l’époque où un poète obscur les distribuait sur des feuilles volantes à quelques amis ; ces poèmes illuminés de leur gloire, tombés dans le domaine public, n’en continuent pas moins de parler au lecteur à mi-voix, lui confiant des secrets infiniment précieux.