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« Si j’ai du goût ce n’est guère / que pour la terre et les pierres. » Comme pour reprendre le pas de Rimbaud, la poésie des années 1950 et 1960 s’élance dans un paysage semé de rocs, de cailloux, de rocaille. Et bientôt la pierre devient l’élément privilégié vers lequel se porte, de Guillevic à Bonnefoy et Du Bouchet, de Char à Dupin et Gaspar, l’imaginaire poétique de toute une époque. Constat abrupt d’une déshumanisation du monde ? Nostalgie de l’immémorial ? Recherche du simple et refus de l’image ? La pierre brute se fait le miroir des enjeux historiques, philosophiques, sémiotiques, d’une poésie confrontée à l’évidence d’immenses champs de ruines. Cette étude entreprend l’archéologie de cet imaginaire. Elle vise à dégager l’origine du motif et à souligner le tracé de son évolution. Et aussitôt une question s’impose : pourquoi et comment est-on passé de la pierre précieuse, ce cour de l’esthétique symboliste et de la poétique mallarméenne, à la pierre nue des poètes de l’après-guerre ? Hasard ? Continuité cachée ? Entre symbolisme, surréalisme et poésie moderne, des filiations se dessinent, une géologie imaginaire se dégage, une histoire des poétiques se redéfinit. Et le XXe siècle devient la chambre d’échos où se déploient, dans la richesse de leur diversité, les chants de pierres de notre modernité.