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Si on a bien évidemment besoin des mots pour penser, on ne s'avise malheureusement pas toujours de ce qu'ils veulent dire vraiment lorsqu'on les utilise. Des sous-entendus, des théories où ils puisent leur origine, ou encore de la vision du monde ou de la société qu'ils contribuent à mettre en avant, ces mots nouveaux qui surgissent dans notre quotidien sont utilisés le plus souvent par automatisme, sans vraiment les choisir, ni prendre complètement en compte leur charge sémantique implicite. Nous nous laissons alors porter par ces termes indéfinis, ces concepts plus ou moins maîtrisés qui finissent par penser à notre place. Bien sûr, cela ne signifie pas qu'il faut se garder d'inventer de nouveaux mots. En toute langue, la néologie est un phénomène non seulement normal, mais inévitable. Le problème ne vient pas des néologismes en tant que tels mais davantage de la façon dont ils sont créés, par qui, et dont ils s'imposent ensuite dans le langage courant. Cet essai est une réflexion sur le vocabulaire politique et médiatique qui a cours de nos jours, dans le but d'en tirer au clair la signification souvent implicite et d'en dévoiler les ambiguïtés. Il met de la sorte en garde contre des mots-vedettes dont on fait trop souvent usage par réflexe ou suivisme en invitant à se réapproprier un langage moins contraint pour une pensée plus libre.