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Le personnage étonne. L’écrivain fascine. On parle partout de lui. Il est lu, plus que jamais. Louis-Ferdinand Céline ne fait jamais l’unanimité; pour ou contre, il y a toujours une objection ou une dénégation. Son antisémitisme est amplement documenté. Son racisme, moins. Aristote Kavungu a relu les pamphlets où le racisme est flagrant, mais aussi Voyage, où il l’est tout autant, sauf que personne ne l’avait vu. Le racisme de Céline serait-il soluble dans son génie encore davantage que son antisémitisme? « J’aime pas les nègres hors de chez eux… c’est tout », n’est-ce pas là une formule romancée de « la France aux Français »?Dans ce pamphlet – genre éminemment célinien –, Aristote Kavungu veut d’abord remettre la négrophobie de Céline dans la discussion sur son antisémitisme. Ensuite, il se dresse contre cette France qui a décidé, presque en chœur, de se refaire une vertu sur le dos de l’ermite de Meudon. J’ai décidé d’écrire, non pas sur Louis-Ferdinand Céline, que j’ai lu, relu, aimé, détesté, compris, imploré, questionné, convoqué, mais sur les réverbérations de ce qu’il a dit et écrit en son temps, ce qui a été acclamé et aussi ce qui a été haï. Je vais écrire du point de vue d’un Noir africain que les écrits de Céline n’ont jamais laissé indifférent; un Noir qui n’a jamais caché sa fascination pour l’auteur et des réserves et de la colère pour l’homme; un Noir qui a vécu et étudié en France, un pays finalement sombre avec quelques illuminations, exactement comme l’auteur de Voyage au bout de la nuit; un Noir qui décide, avec énormément de recul, d’égratigner un peu et d’écrire ce qui peut ressembler à un pamphlet antiraciste; un Noir, enfin, qui veut s’employer à renvoyer dos à dos Céline et ses pseudo-détracteurs.