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Le recueil précédent de Jean-Claude Caër, Sur la voie abrupte, paru en 2023, pouvait déjà apparaître comme un tournant dans son œuvre. Le « poète du voyage et de la flânerie », l’ « observateur pérégrinant » que décrit son premier éditeur s’y trouvait, par les circonstances liées au confinement, privé de son genre favori, le kikô japonais, qui mêle récit de voyage et poèmes. Dans le présent livre, aux interdits du covid sont venus se substituer les empêchements de l’âge, la maladie, ou les fêlures du monde dont se plaignait déjà, au ve siècle, le poète chinois Tao Yuanming cité en exergue. « On ne part pas », comme l’écrivait Rimbaud. Les poèmes sur lesquels s’ouvrent le recueil nous montrent le poète cloué chez lui, en Bretagne, par la canicule mais le dehors lui parvient néanmoins, avec force « des mirages apparaissent à l’horizon sur la mer, / des villes entières du côté de Brigognan » Tout le recueil, qui est une sorte de journal de bord du poète ne voyageant presque plus, mais auquel il suffit d’un peu d’attention (une feuille d’automne ramassée sur le chemin, une musique, le vol d’un oiseau, l’appel d’un ami) montrera qu’il n’est nul besoin de parcourir le monde pour que subsiste le goût d’un ailleurs : J’ai rêvé d’aller marcher dans le Suffolk et le Norfolk. Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir. Qu’importe ma bibliothèque ! Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir Pour affronter l’infini Pour affronter l’éternel. À la question de la fin du voyage, que le titre emprunte aux compagnons de Magellan, la seule réponse semble bien être que non, tant qu’il vivra le poète est condamné à utiliser la seule arme qui lui reste, les fragiles édifices de mots qu’il oppose au néant. Et il ne peut donc que répéter : Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir pour affronter le néant. Les mots tourbillonnent Jusqu’à ce que leurs sens explosent, qu’ils deviennent légers comme des astres dans le ciel. Ils recréent l’équilibre de l’univers.