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« J’ai annoncé […] que vous étiez en train de faire revivre Buffon, et l’on se fait une joie de voir le livre », écrivait le marchand et éditeur d’art Ambroise Vollard à Picasso en 1936, à propos des gravures qu’il lui avait commandées afin d’accompagner une anthologie de l’ Histoire naturelle. Mais, à l’exception d’une suite de onze planches, rien ne parut avant la mort accidentelle de Vollard. Ce n’est qu’en 1942 que Martin Fabiani, son successeur, publia le livre avec ses trente-et-une gravures. Adoptant la technique de l’aquatinte au sucre, Picasso accomplissait là son rêve d’une gravure aussi vive et libre que le pinceau du peintre, ce qui constitue un moment-clé de son œuvre graphique. L’histoire ne s’arrête pas là : après avoir offert un exemplaire à sa maîtresse Dora Maar le 17 janvier 1943, l’artiste le reprit le 24 janvier à la suite d’une dispute et, en l’espace d’un après-midi, avec une incroyable rapidité, il rehaussa le volume de quarante-quatre dessins à la plume et au lavis d’encre, dont trente-cinq en pleine page. Ces dessins composent une galerie de portraits faite de têtes d’animaux mais aussi d’hommes barbus et de visages de femmes, autant de métamorphoses possibles du peintre et de son modèle. Le portrait en frontispice d’une Dora chimérique, à la fois la créature si charmante qu'il avait dessinée sous les traits d’une « femme oiseau » au début de leur liaison, et la harpie armée des « superbes griffes » de la jalousie, prête à affronter Picasso le Minotaure, illustre bien l'évolution orageuse des rapports entre le peintre et sa compagne. C’est la réédition en fac-simile de cet exemplaire unique, conservé à la Réserve des Livres rares de la Bibliothèque nationale de France que nous proposons ici. Un bestiaire à la fois fascinant et cruel, parfois énigmatique, qui écrit, en creux, la fin d’un amour.