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Dans un avion qui le ramène de La Réunion, Jospin confie ce qu'il pense réellement de Chirac. Rapporté, le propos suscite la stupeur de celui qui vient de le proférer : « C'était off. » Les qualificatifs désobligeants appartenaient à cette litanie de confidences que les journalistes écoutent mais ne doivent pas répéter. « Off » les guérillas entre ministres, Ferry contre Darcos, Mer contre Lambert. « Off » Michel Rocard, l'homme du « parler vrai » caché dans le jardin de l'Élysée. « Off » aussi les journalistes qui prêtent leur plume à l'un ou à l'autre, qui cornaquaient Noir ou Tapie. Au fil de sa carrière Daniel Carton a relevé nombre d'exemples de cette connivence intéressée qui voit le silence des uns payé par les services rendus par les autres : un logement, des voyages, des places à l'Opéra ou à la Comédie-Française... Cette complicité faite de bronzage en commun sous le commode prétexte d'« universités d'été », voire plus si affinités, et d'une subtile pratique du tutoiement scelle le pacte qui unit « la France d'en haut ». Daniel Carton, pour sa part, a choisi de se situer délibérément du côté des « ploucs », de cette « France d'en bas » sans cesse manipulée et qui n'a pas le droit de savoir ce qui se chuchote « off ». La politique comme on ne la raconte pas