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Mon premier voyage fut au Sahara, avec ma famille, et j’étais minuscule. Comme le spectacle des sables ne se renouvelait pas trop, j’ai décidé de récolter des mirages. Les dunes se sont peuplées d’antilopes et de châteaux forts, avec des lacs et des villes dans l’eau de ces lacs. Ce n’est pas dans le sommeil mais dans la veille que le mirage opère ; si le rêve invente des océans qui n’existent pas, le mirage n’a aucune imagination. Pourquoi ajouterait-il des bariolures à celles du monde puisque le monde l’émerveille ? Il aide à voir les choses qui se cachent et la beauté de ces choses. Le mirage exige quelque préparation, de la modestie et un peu d’adresse. Pour en produire des spécimens recommandables, il faut savoir se perdre, ignorer la géographie, oublier sa mémoire, confondre le nord avec le sud, marcher à pas de loup, fréquenter les mortes saisons, les arrière-pays et les tremblements du temps. Ce livre présente quelques mirages de ma collection. Je suis allé les ramasser un peu partout. Peut-être en Inde et peut-être dans les îles Sous-le-Vent, ou bien dans les mines d’or du Grand Erg occidental et du fleuve Amazone, dans les villes de neige de l’Islande, dans les dédales où vivent les enfants. G.L.