L'opinion dominante pose aujourd'hui le fait de la
rupture entre la philosophie et les sciences sociales comme
si celles-ci appartenaient à deux mondes distincts. C'est là
oublier l'inspiration philosophique de la genèse des sciences
sociales et sous-estimer l'importance des tentatives de
confrontation entre la philosophie et le discours positif des
sciences sociales. La phénoménologie a été le lieu privilégié
des tentatives de dialogue voire de mise en évidence de la
convergence profonde des approches philosophiques et
sociologiques. Pourtant, seul Alfred Schutz, à la fois disciple
de Husserl et de Weber, a spécifiquement consacré son
propos à la question d'un possible rapprochement entre
philosophie et sociologie. C'est autour de cette oeuvre originale
longtemps restée confidentielle hors des États-Unis que
s'est nouée une des plus intéressantes critiques de la
rupture disciplinaire qui prétend définitivement isoler la
philosophie des sciences sociales. Au-delà de l'idéal irénique
et toujours un peu superficiel consistant à simplement
établir un dialogue entre la sociologie et la philosophie ou à
en condenser les acquis en un savoir tiers, l'épistémologie
schutzienne respecte la logique propre des sciences sociales
et de la phénoménologie afin d'en éclairer les limites et les
contradictions. Entre une sociologie pure et une phénoménologie
transcendantale se découvre alors l'espace d'une
possible convergence qui exprime l'unité de signification
latente à chacun de ces savoirs.
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