Au centre de
l’appartement familial du 53, rue de Verdun, à Carcassonne, la chambre de
Bousquet est le cocon où mûrissent des
scènes venues des profon-deurs de la nuit. Elles deviendront le noyau de ses
récits aussi bien que des textes qu’il note dans ces cahiers de couleur qu’il a
toujours à portée de main.
La nuit est le
moment où l’écrivain peut approcher l’essentiel de sa vie d’homme, grâce à la
magie du souvenirs, à l’expérience du rêve ou à l’influence des drogues.
Démentant les limitations que lui assigne sa blessure, Bousquet s’arroge le
droit d’excéder en toute liberté les possibilités imparties à l’humain.
« Voilà la
découverte par excellence, écrit-il : la parole existentielle. » Cette parole
d’éveil et de renaissance le transporte au-delà des codes sociaux et des
interdits sexuels. Le voici enfin désincarcéré de cette ambulance qui, le 27
mai 1918, l’a recueilli sur le Chemin des dames, avec un éclat d’obus dans le
corps.
Dans cette
entreprise unique, Bousquet ne se situe pas du côté des philosophes, des
spirituels ni même des écrivains Tout autre est son ambition à travers ses
notes journalières : ce n’est rien de moins que cerner le non-élucidé de la vie
et du langage.
Au seuil d’une
Seconde Guerre mondiale, sa blessure réouverte, Bousquet s’élève contre les
capacités destructrices de l’homme et laisse « se détendre dans les ténèbres de
son corps un être plus ardent que soi dont son corps était la prison ».
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