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À qui appartiennent les plages ? De l’avis général, à tout le monde ou, plutôt, à personne en particulier. Elles sont censées se prêter à des usages collectifs, qu’il s’agisse d'y pratiquer des loisirs de plein air gratuits ou d'y trouver un ultime refuge face aux vagues de chaleur qui s’intensifient.Pourtant, force est de constater qu’elles ne sont pas toujours des espaces ouverts et accueillants, des "choses communes". De la Californie à la Nouvelle-Zélande, en passant par l’Afrique du Sud, l’Italie, la France ou le Brésil, les entreprises de privatisation des rivages se multiplient et exacerbent les conflits dans un contexte où, sous l’effet de l’élévation du niveau marin et de la compression côtière, ces espaces naturels déjà très convoités se raréfient encore.L’affaire Martin’s Beach est emblématique de ces phénomènes. Après un siècle de fréquentation par des pêcheurs, surfeurs et familles de la région, cette plage située dans la péninsule de San Francisco a été fermée au public par le nouveau propriétaire des lieux, un riche investisseur en capital-risque de la Silicon Valley toute proche. Depuis plus de quinze ans, les tenants de la propriété privée s’opposent aux défenseurs du libre accès à un bien commun. Et à mesure que l’eau monte, le problème se déplace. À la question : à qui appartient la plage ?, vient s’en substituer une autre : une plage est-elle appropriable ?C’est à cette double énigme que s’attaque ce livre. En plongeant dans l’histoire coloniale et la construction de l’État californien, il retrace le développement d’un « capitalisme côtier » en examinant, sur la longue durée, par qui et comment les rivages ont été constitués en ressources appropriables, non sans susciter des résistances à la fois sociales et biophysiques. Et si les plages nous ouvraient un horizon de possibles pour imaginer un rapport au monde affranchi de la propriété ?